Tremble : quand le Petit Chaperon rouge revisite l’enfance et la ruralité
Dans le cadre de la Festive qui aura lieu du 26 au 28 juin, O Pelpel présente un spectacle tout public où se mêlent conte, métamorphoses et questionnements intimes. Entre déconstruction des archétypes et ancrage territorial, cette création interroge avec poésie les violences faites aux enfants et la complexité des identités.
O Pelpel a choisi de s’emparer du Petit Chaperon rouge pour aborder un sujet délicat : les violences sexuelles intrafamiliales. « J’ai entendu un podcast sur De Grandes Dents, un livre de Lucile Novat qui qui donne une interprétation du conte à travers le prisme de l’inceste. Ça m’a donné envie de m’appuyer sur un récit existant, sans pour autant en faire une narration classique », explique-t-iel.
Le spectacle, présenté comme un « libre récit », s’éloigne en effet des codes traditionnels du conte. « C’est une référence, une porte d’entrée, mais le spectacle n’a pas la forme d’un récit linéaire. Je me suis concentrée sur des archétypes – le loup, la sorcière, l’enfant, la grand-mère et la sorcière – sans m’attacher à une histoire figée. »
Pour O, cette réappropriation permet d’aborder des thèmes lourds avec légèreté, sans les nommer frontalement. « Je voulais que le spectacle reste accessible, y compris aux enfants. Les violences ne sont pas explicites : elles passent par des images, des symboles, des personnages qui troublent les repères. Certains spectateurs ne verront que l’humour ou l’étrangeté, d’autres y reconnaîtront des échos plus profonds. » Une approche qui laisse à chacun la liberté d’interpréter, sans imposer un discours.

Brouiller les frontières
Sur scène, O Pelpel incarne seul·e plusieurs personnages, jouant avec les codes du masculin et du féminin. L’artiste non binaire, pour qui la déconstruction des genres revêt une importance particulière, « passe d’un archétype à l’autre – le chasseur, le loup, la poule – en superposant des attributs traditionnellement genrés », une moustache ou du maquillage, des couleurs comme le rose, détaille-t-iel. Ce « brouillage des pistes » ne se limite pas au genre : il s’étend aux rôles mêmes du conte. « Qui est le gentil ? Qui est le méchant ? La vie n’est pas binaire, et c’est ce que je veux montrer. »
La métamorphose est au cœur du spectacle. « Je commence en chasseur, et sous ce costume se cachent tous les autres. Les changements de tenue se font à vue », comme une mue permanente. « Le trouble s’installe entre humain et animal. » Cette fluidité des formes reflète aussi la complexité des émotions et des identités, invitant le public à remettre en question ses propres certitudes.
Un spectacle ancré dans la ruralité, sans s’y limiter
O Pelpel vit en Corrèze, « entourée de forêts et de vaches », et reconnaît que cette ruralité imprègne son travail. « Je n’ai pas écrit Tremble en pensant spécifiquement à un public rural, mais en tant qu’artiste vivant à la campagne, cette réalité fait partie de ma création. Mon objectif, c’est que le spectacle parle à tous, qu’on vienne de la ville ou des villages. »
Pourtant, certains sujets – comme la déconstruction des genres – pourraient sembler plus difficiles à aborder en milieu rural. « Je ne crois pas que la binarité ville-campagne soit si marquée. Les thèmes que j’aborde – l’inceste, le féminisme, les identités – résonnent partout, même s’ils ne sont pas toujours nommés. Mon approche, c’est de les suggérer par l’image et le symbole, pour que chacun·e puisse y trouver ce qui lui parle. »
Quant à la tradition orale creusoise, si elle n’est pas directement citée, elle inspire la démarche. « J’ai puisé dans les berceuses et les contes, ces récits transmis de bouche à oreille, souvent portés par les femmes. C’est une forme de matrimoine, ces savoirs non écrits qui circulent entre les générations. » Une façon, pour O, de rendre hommage à ces histoires qui, comme Tremble, mêlent ombre et lumière.
