Langues empruntées, ou la relation entre l’oiseau et l’humain
Réunissant neuf artistes d’horizons différents, l’exposition Langues empruntées, qui se tiendra au Centre International d’Art et du Paysage de Vassivière jusqu’au 14 juin 2026, explore la relation entre l’être humain et l’oiseau.
À travers le langage, la traduction et l’imitation, à travers des sculptures, des installations, des peintures et dessins, des vidéos et photographies, les neuf artistes de l’exposition Langues empruntées explorent comment « l’humain cherche à comprendre, transcrire et reproduire les chants et les comportements des oiseaux ».
Idéalement situé sur l’île de Vassivières, le Centre International d’Art et du Paysage (CIAP) est le lieu idéal pour un tel sujet : celui-ci résonne avec la biodiversité du site, qui abrite plusieurs espèces protégées. Une forme de proximité entre l’oiseau et l’Homme est à l’étude.

Neuf muses et neuf artistes
Comme les neuf muses (filles de Zeus et de Mnémosyne, déesse de la mémoire) présidant les arts libéraux de l’Antiquité – la photographie et le cinéma n’en faisaient pas partie –, le Centre International d’Art et du Paysage réunit neuf artistes pour cette exposition aviaire. Originaire d’Italie, du Royaume-Uni, de Nouvelle-Zélande, d’Iran ou d’Espagne, vivant en France ou aux Pays-Bas, leurs pratiques et leurs histoires sont diverses.
Néerlandais d’origine anglaise, Sol Archer « conçoit la rencontre comme un espace de production collective », à travers des films et installations, explorant comment « la manière dont les communautés humaines se forment dans différents contextes sociaux, culturels ou écologiques, et à la manière dont les traditions locales et les gestes collectifs influencent les identités, les récits et les formes de mémoire ».
Guilia Zabarella s’intéresse à la façon dont « les figures littéraires, les métaphores, et les héritages culturels et linguistiques influencent nos perceptions et nos interactions quotidiennes », tandis que Richard Frater rend perceptibles les interactions entre organismes vivants et environnement. Vivant en Dordogne, Lola Gonzalez propose une œuvre obsessive, comme « des rêves qui ne cessent de revenir ».
Amoureux « de la nature et des oiseaux », Olivier Messiaen (1908-1992) est l’un des plus grands compositeurs français ; Yvonne Mullock mêle différents supports artistiques (céramique, textile, vidéo…) ; la Strasbourgeoise Jade Tang développe une pratique entre travail de terrain et création visuelle.
Enfin, José Maria Sicilia consacre « une grande partie de son travail à questionner l’espace immatériel existant entre l’art et la vie, entre Éros (le désir amoureux) et Thanatos (la mort) » : ses œuvres nous transportent, comme le dit le CIAP, dans des « territoires frontières, où le familier devient étrange et où la mémoire est mise en abyme ». Armineh Negahdari, marquée par le régime répressif de Téhéran, alliant dessin et sculpture, questionne notre humanité et nous invite à considérer notre « part obscure ».

Langues empruntées
Laissant de côté – pour certains – leurs sujets de prédilection, les neuf artistes explorent cette fois les « relations polyvalentes avec les oiseaux », relations qui remontent à l’Antiquité, lorsque des oiseaux étaient associés aux dieux comme les muses aux arts.
Pour le CIAP, « nous leur attribuons une signification symbolique, nous les chassons comme des proies, nous cherchons à imiter leurs chants et à déchiffrer leur capacité à voler », quand ce ne sont pas eux qui dévorent le foie de Prométhée attaché à un rocher pour avoir donné à l’humanité le feu qui lui permit d’évoluer jusqu’à organiser des expositions sur notre relation avec les oiseaux.
Cette exposition, qui se tiendra au Centre International d’Art et du Paysage jusqu’au 14 juin 2026, s’inscrit dans une période troublée, où, entre « crise de la biodiversité » et « disparition des espèces […] endémiques », on observe également « une déconnexion croissante avec notre environnement ». Langues empruntées est aussi un hommage à la ponctuation rythmique induite par les migrations des hirondelles rustiques de l’île de Vassivière.
